Verdant Hex

Better Than Any Man # Episode 10

Avec

Récit rédigé par : Nicolas (aka Angela d'Erschel)

Basse Franconie, Dimanche 5 octobre 1631

La soirée est déjà bien avancée. La nuit tombe sur Karlstadt et la ville se vide rapidement à l’appel des miliciens au couvre-feu.

Sylvain, le jeune nécromancien solitaire, arrive en vue du cimetière où il espère rencontrer la profanatrice, l’une des 7 au pouvoir. Cependant celui-ci jouxte l’église St Johannes der Taufer, transformée en quartier général de la Milice. Souhaitant éviter toute rencontre fortuite et questions gênantes, il se dirige rapidement, mais avec discrétion, vers le mur Est, se baissant pour éviter d’être aperçu.

L’entrée du cimetière apparaît face à lui. Deux colonnes de pierre flanquent une grille rongée par la rouille. En haut de la colonne de droite, un ange de pierre au visage défiguré par des coups de burin transpire la misère. Sur celle de gauche, un diable, d’une beauté déconcertante semble animé de vie. Dans l’enceinte, la terre fraîche retournée sur de nombreuses tombes indique une activité intense récente. Les mausolées aperçus au loin regorgent de cadavres. La ville n’est peut-être pas le havre de paix vanté par les 7.

Une scène macabre attire le regard de Sylvain. A côté de l’entrée, des pieds enfantins dépassent d’une niche délabrée. Les membres bougent à son approche et une petite voix éraillée l’interpelle « Pssst, Monsieur ! Rentrez ! C'est le couvre-feu. Les miliciens ne vont pas tarder à arriver. » Sylvain lui demande s’il peut se cacher dans la niche. L’enfant accepte en échange d’une ration. Une main aussi ridée qu’une vieille grand-mère sort de la niche et attrape la ration. Un bruit guttural fait échapper un frisson de dégoût au Nécromant. Se baissant pour entrer dans la niche, une forte odeur de mort saisit le nez de notre héros. L’aspect de l’enfant n’est pas reluisant non plus : orbite creuse, yeux blancs et vitreux, cheveux aussi noirs que plumage des corbeaux. L’enfant, déjà mort, n’a pas conscience de sa condition.

« Est-ce que tu veux jouer ? » lui propose le mort-vivant. Grattant le sol, il sort un bouc en bois dont émane une aura diabolique. « Embrasse le cul de mon bouc si tu veux jouer » Sylvain, préférant ignorer la proposition, arrive à détourner la conversation pour obtenir des informations sur l’activité du cimetière. L’enfant lui explique que les miliciens tuent beaucoup de monde, puis ses paroles deviennent inquiétantes. Un grand bonhomme lui a confié le bouc, lui a rendu la vue. Le nécromancien, bien au courant des nuances de la mort, comprend que le diable rôde dans la région et ranime des cadavres via l’enfant et le bouc. « Veux-tu parler au grand homme ? Pour cela tu dois passer le rituel et embrasser le cul de mon bouc ? » « Je préfère me rendre dans le cimetière et rencontrer la sorcière » L’enfant admet sa peur de la grande dame, mais demande à suivre Sylvain dans le cimetière. Ravalant sa répugnance, le nécromant saisit la main froide de l’enfant et ensemble, ils franchissent la porte.

A peine le seuil franchi, le ciel devient noir, la lumière des rues s'estompe derrière un brouillard surnaturel. Ce lieu se trouve dans une autre réalité. Au loin, ils perçoivent des bruits d’os brisés suivis de jurons. Prudent, Sylvain se dirige vers un caveau, en sort deux cadavres, d’un homme frêle et d’une femme encore rondelette malgré la mort et les réanime en vue de les envoyer en avant. Lors de cette préparation, l’enfant le regarde avec des yeux doux en disant : « oh, toi aussi tu as un doudou ? » Le nécromancien comprend alors qu’il a bien fait de ne pas baiser l’anus du bouc.

Alors qu’ils progressent, à la suite des cadavres, vers la source des bruits, Sylvain est obligé d’insister pour que le jeune mort vivant cesse de parler. Soudain, une voix de vieille femme roublarde d’outre-tombe , remarquant le premier cadavre s’exprime « On en un qui s’est échappé, va le choper ». Apparaît alors dans le champ de vision de l’équipage un monstre gigantesque de 3 mètres, sur deux pattes, doté de deux bouches monstrueuses, l'une entrouverte sur une impressionnante rangée de dents, la seconde sur le sommet de sa tête, déblatérant des vers de poésie allemande. Malgré son poids, la bête se déplace très rapidement et gobe le premier cadavre. Elle remarque alors Sylvain et l’enfant.

Promptement, le nécromancien fait exploser le cadavre de la grosse femme. L’explosion violente projette souffle et débris jusqu’à 15 mètres touchant le monstre, mais ne l’abimant que faiblement. « Merde, on a de la visite » reprend la voix. La bête à deux pâtes s’élance vers les deux compagnons d'infortune. Sylvain, encore sous le choc de voir le monstre se déplacer après un sort aussi puissant, décide que la meilleure solution maintenant est la fuite. Saisissant la main du jeune mort vivant, il se met à courir vers la grille entraînant l’enfant avec lui. Malheureusement, la créature est trop rapide, gobe l’enfant, puis sylvain de sa gueule gigantesque.

Une lueur violette entoure soudainement Sylvain. Une nouvelle réalité. Il se trouve sur une plateforme en forme de disque d’une vingtaine de mètres de diamètre, entourée d’une barrière d’énergie et de vent, ceinturant l’espace. Une symphonie synthétique flotte dans l’air qui pourrait avoir un certain succès à l’avenir, mais la réflexion du nécromancien est stoppée par la découverte d'un monstre strictement similaire à celui qui vient de l'avaler : la bête ronfle, profondément endormie. Sylvain découvre également que le zombie qu'elle avait gobé se tient, titubant, à ses côtés. Peu créatif, Sylvain ordonne au cadavre de se diriger vers la bête et le fait exploser. La créature se réveille alors, chantonne quelques vers en allemand et tourne son attention vers lui. Sentant la panique monter en lui, il hésite sur la marche à suivre. Doit-il sacrifier l’enfant pour se sauver ? La question morale est finalement vite tranchée, il lance le sort visant à faire exploser l’enfant. L’explosion attendue ne vient pas. L’enfant tourne son regard plein de surprise vers Sylvain. Il ne semble pas lui en vouloir de cette décision mais l’incite à renouveler son sort. Une nouvelle fois le sort est lancé en vain. La créature n’est plus qu’à 1 mètre. Puisant une nouvelle fois au fond de ces réserves, le nécromancien réussit enfin à faire exploser son compagnon. Ce dernier lui fait un dernier sourire complice avant de se désintégrer, blessant gravement la bête qui malgré tout gobe Sylvain.

Il comprendra plus tard la véritable nature de son compagnon, gueux enfantin, ayant donné son âme au diable pour récupérer sa vue.

Le souffle de l'explosion projette Sylvain à quelques mètres sur le sol, l’affligeant d’une vilaine cicatrice, heureusement sans conséquences. Se relevant difficilement, il remarque alors qu’il est dans un nouveau plan similaire au précédent. La seule différence est la présence d’une porte blanche à sa droite, dans la barrière d’énergie. En face, dormant, la créature est toujours là mais des plaies et du sang sont visibles sur son corps.

Affaibli mais déterminé, Sylvain choisit d'ignorer la porte blanche et se dirige avec peine vers le monstre. Il Iui plonge son bâton dans l’œil. Un hurlement emplit l’espace et sa vision se trouble. Le nécromant est projeté d’un coup à travers les plans et se retrouve à nouveau au centre du cimetière. Le monstre n’est plus, mais la sorcière profanatrice qui en était le maître est face à lui. Fatigué et lassé, le nécromant utilise ses dernières forces pour fracasser avec haine son bâton sur le crâne de la sorcière. La puissance du coup est telle que des morceaux de cervelle sont projetés sur les tombes. Toujours sous le choc de ces combats, Sylvain s’acharne encore un temps sur le cadavre avant de se calmer et s’écrouler assis, dos contre un caveau pour reprendre son souffle.

Pendant ce temps, le reste du groupe vient de finir son combat avec la Sage au sein de la maison de cette dernière. A la mort de la sorcière, son démon se dissipe, mais il hantera peut-être la descendance des personnes présentes.

Emil, porteur du coup fatal sur la Sage de sa botte ferrée droite, fanfaronne avec plaisir, exprimant son envie de baptiser aussi son pied gauche de cervelle de sorcière. Il en reste encore 5, ce qui devrait lui permettre d'exaucer ses fantasmes discutables. Plus pragmatiques et ne portant que peu d’attention aux remarques virilistes de leur compagnons, Dorothéa et Angela s’emparent des vêtements des miliciens et les revêtent. Puis Angela, décidée à mettre un terme à l’immonde projet de la Sage, arrose la bibliothèque et la presse à livres avec de l'alcool trouvé dans les étagères, en vue de brûler l’atelier infernal. La torche lancée et la porte refermée, le groupe se dirige vers le cimetière pour retrouver le nécromancien.

Arrivant sur la grande place face à l’église, ils entendent la cloche sonner et une agitation dans les rues derrière eux. La flambée a été découverte. Le brouillard facilite le passage à proximité des miliciens et ils retrouvent Sylvain arrachant par sortilège le visage de la profanatrice pour s'en faire un masque. Il s'empare également de ses vêtements, à peine souillés de sang et cervelle…

Les aventures de chacun sont vite partagées, et le groupe décide de quitter rapidement ce lieu lugubre. Cependant, après avoir bifurqué vers le quartier Est de la ville, ils s’aperçoivent qu’ils sont suivis par un garde encapuchonné. A l’intersection suivante, le groupe se sépare, Emile et Uggy à droite, Dorothéa, Angela et Sylvain à gauche. Profitant d'un rétrécissement de la rue et d'un angle mort, Dorothéa et Angela se cachent de chaque côté, pendant que Sylvain continue son chemin vers le centre d'une placette. Le piège fonctionne, et le garde se retrouve, penaud, encerclé par l’ensemble du groupe. Dorothéa interpelle fermement l’inconnu « Grade et nom, Soldat ». L’individu un peu paniqué par sa situation, soulève son capuchon et se présente : Herodius Gelb. Il a suivi le groupe depuis la maison de la Sage afin de prendre contact avec eux. Il est membre d’une rébellion au sein de Karlstadt, montée par d'anciens notables et bourgeois, partageant tous une fervente foi catholique. Il cherche de l’aide pour passer à l’action, la rébellion étant plus une belle idée sur papier qu’un mouvement actif. Ils ont besoin d’armes pour combattre la véritable chef en ville : la Surveillante. Toutes les armes ont en effet été emmenées à Wurzburg en prévision de l’arrivée de l’armée suédoise. Uggy, flairant la belle affaire, propose une rencontre pour concrétiser une vente d’armes. Quand le groupe sera prêt, ils mettront sur la porte du siège des rebelles, une croix de fémurs.

L’arrivée de la Milice met fin à l’entrevue, et chacun se disperse rapidement et les 5 héros retournent se cacher dans la maison au-dessus du tunnel d'accès.

Lundi 6 octobre

Les coqs chantent. Une nouvelle journée comme les autres sous le dôme de mana invisible et le joug des sorcières pour les habitants de Karlstadt. Malgré la disparition de deux sorcières la nuit précédente, rien ne semble différent. Un groupe avec Uggy à sa tête retourne dans le tunnel en direction de l'extérieur de Karlstadt, puis se rend à l’auberge des Rois Mages pour y parlementer avec le tenancier Uwe Bohl, tête de pont des échanges douteux de la région.

Uggy doit rafraîchir la mémoire aviné d'Uwe sur l’accord prévu en amont sur le partage des gains d’une contrebande d’armes avec Karlstadt. D’abord dubitatif face à la réalité des clients, il finit par être rassuré par l’expression « Riche notable catholique ». Après une intense négociation menée de main de maître par Uggy, 300 Thalers sont déboursés comme avance. Ils repartent en direction de la cave, accompagnés de 3 colosses au service d'Uwe et d'une première cargaison : 2 mousquets, 2 arquebuses, 5 hallebardes, 5 lances, 5 dagues, 1 hache. L’ensemble de l’opération prend la journée.

Mardi 7 octobre matin

L’heure est à la négociation. Angela, Uggy et Emil se dirigent vers la maison indiquée par Herodius. Afin d’éviter de se mettre en danger, Angela introduira nos deux marchands à la rébellion sous de faux patronymes : Hugue Aufrais, troubadour français, et Emilio Piza, trafiquant vénitien. Passé les contrôles nécessaires, mot de passe, vérification de la maison et des personnes présentes, la discussion commence enfin. Avant toute négociation, Emil et Angela sont soucieux de comprendre le plan d'Herodius et de sa bande pour reprendre le contrôle. Il leur explique que l’objectif est de former une bonne troupe d’une vingtaine d'hommes armés, puis, lors de la fin du tour de garde de la surveillante, à midi, donner l’assaut sur elle. Nos faux marchands acceptent de fournir les armes à une condition : la Surveillante, d’après leur source, possède une fortune dans son refuge. 50 % de la somme doit revenir au groupe. Le reste pour les rebelles. Herodius donne sa parole de chrétien et l’accord est scellé. Uggy propose 2500 Thalers pour le stock d’armes. Afin de rester discret, l’échange aura lieu au cimetière. Herodius déposera dans un sac l’or près du caveau de sa famille. Pendant ce temps, nos trafiquants transporteront sur des brancards, drapées, les armes vers le cimetière. Apparemment, il est courant de voir des cadavres transportés en ville…

A la tombée du jour, les brancardiers se dirigent vers le lieu de rendez-vous. Herodius 100 mètres devant ouvre la marche. Une fois le portail franchi, il se dirige vers une tombe, s'accroupit et y dépose des fleurs. C’est le signal. Un dernier coup d’œil vers le groupe et il file en direction de l’église. Les armes sont déposées et les 2500 Thalers sont récupérés.

Un prospère marché vient de se lancer qui verra peut-être la fin du joug des sorcières. Il est maintenant temps de retourner au mont Chauve pour confronter la 7ieme des sorcières. Tout porte à croire que certaines questions soulevées par la visite de Karlstadt trouveront leurs réponses en ce lieu sordide.